FOCUS: Christophe Delorme

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La Reine des Bois a perdu son roi

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Lorsque, à la veille de Vinexpo, notre équipe a appris l’affreuse nouvelle qui venait de frapper la famille Delorme et le Domaine de la Mordorée, nous fûmes tous ébranlés par une douloureuse stupeur.
Christophe Delorme est décédé d’une crise cardiaque le 9 juin 2015, à l’âge de 52 ans.

Toutes nos pensées vont évidemment vers la famille, particulièrement à Madeleine, son épouse, Ambre, sa fille, M. Francis Delorme, son père, et Fabrice, son frère.

Christophe Delorme fonda avec son père le domaine de la Mordorée en 1986, à l’âge de 24 ans. En moins de trente ans, il devint l’une des figures légendaires des appellations Lirac, Tavel et Châteauneuf-du-Pape.
Grand, beau, doté d’un regard perçant, il imposa sa stature et son charisme, dans toutes les réunions intersyndicales et sur tous les territoires où il pouvait défendre sa vision passionnée, exigeante et raisonnée de l’art de faire du vin.
Seul contre tous, il revint aux vendanges manuelles dans les rangs des vignes de Tavel (alors que plus personne ne récoltait ainsi sur l’appellation) et créa dès les années 90 des vins rosés qui allaient rapidement dominer tous les classements internationaux.

A Châteauneuf-du-Pape, il fit partie des premiers vignerons ayant la conviction que, autour de ce magnifique village médiéval, on pouvait régulièrement réaliser parmi les plus grands vins du monde. Beaucoup de vignerons de la nouvelle génération suivirent son exemple et partagèrent ses convictions, contribuant ainsi à créer un élan unique qui révolutionna fondamentalement, pour le meilleur, l’une des plus prestigieuses appellations de la planète.

J’ai eu la chance extraordinaire en avril 2011 de pouvoir goûter au Châteauneuf-du-Pape 2001 La Reine des Bois, je n’avais jamais goûté à un vin aussi complexe et concentré, bien qu’il fût déjà âgé de dix ans…

La perfection, il était bien sûr plus compliqué de l’atteindre en produisant des vins en appellation Lirac, où le Domaine de la Mordorée a pourtant forgé sa réputation. Christophe Delorme fut, pendant deux décennies, l’acteur majeur et le fer de lance de l’appellation. Pas avare de son savoir pour qui voulait bien l’écouter, il créa, ici aussi, des émules et des vocations.

Depuis bientôt douze ans, secrètement, Christophe désirait plus que tout réaliser « le » très grand vin de Lirac, un flacon qui pourrait servir d’exemple aux futures générations. Toutes les conditions idéales furent réunies en 2015, le Lirac Plume du Peintre 2012 était enfin prêt à boire. J’ai eu le bonheur de participer à la dégustation de cette merveille. Son nectar était bien le meilleur vin de Lirac de tous les temps, le plus grand auquel nous ayons jamais eu l’occasion de goûter.

Nous pouvons donc affirmer sereinement que plusieurs de ces divines essences continueront encore longtemps à faire connaître et à célébrer le génie de Christophe Delorme et de la Vallée du Rhône méridionale, en les faisant vivre, tous deux, pendant plusieurs générations. Même après que la dernière goutte du dernier flacon aura été bue, leurs légendes perdureront.

En effet, Christophe était parvenu en même pas une vie d’homme, à créer des vins dont la dégustation demeure en mémoire éternellement. Nous ne pouvons imaginer quels exploits il aurait encore accomplis, si la providence s’était montrée clémente…

Bertrand et toute la rédaction de BlindTaste34

 

 

 

 

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